Avec la mort de Béatrice Vallaeys, une lumière s’éteint – Libération – .

Avec la mort de Béatrice Vallaeys, une lumière s’éteint – Libération – .
Avec la mort de Béatrice Vallaeys, une lumière s’éteint – Libération – .
--

Adieu à une figure historique de la « Libération »

Un rire, une silhouette élancée et droite, un pas rapide, et ces conversations improvisées qui avaient le secret, de tout, de rien, mais jamais de rien, de l’actualité du jour ou des mille projets que j’avais. J’avais en tête : c’est avec étonnement et avec une immense douleur que nous avons appris lundi le décès de Béatrice Vallaeys, figure historique de la « Libération ». Nous avons eu la chance et le plaisir de travailler avec elle pendant de nombreuses années, de lutter avec elle pour faire de « Liberación » le journal de toutes les audaces et la célébration de tous les moments décisifs de l’histoire. “Libération”, pour ceux qui y étaient, pour ceux qui y travaillent aujourd’hui, c’est une grande famille journalistique, et Béatrice était une marraine de choix. Nous savons ce que ce journal vous doit, nous savons ce que nous vous devons. Au nom de toute la rédaction “Libération”, la direction s’unit à la douleur de sa famille et de ses amis.

Comme il y a des villes de lumière, Béatrice était une femme de lumière. Son sourire illuminait ses interlocuteurs, son rire les faisait rire : ils devenaient à leur tour lumineux.

Qui peut dire le plaisir, le plaisir, qu’il y a eu à travailler pendant près de deux décennies avec une femme qui a préféré rire de l’existence au lieu de s’en plaindre, qui connaissait parfaitement son métier mais faisait semblant de ne pas le prendre au sérieux ? Tous ceux qui l’ont connue Sortie c’était sa vie, il se souviendra de ce rire et de cette lumière rehaussés par sa sérénité, de cette joie qui n’était pas celle du commandement, c’était son humeur habituelle, pour ainsi dire sa philosophie, même au milieu des épreuves qu’il n’épargnait guère . Béatrice Vallaeys nous a quitté un jour de canicule, dernière touche d’humour noir, dans la plus grande chaleur climatique pour celle qui incarnait la plus grande chaleur humaine.

Elle était bavarde, diront certains. Oui, mais elle disait des choses intéressantes. sur le journalisme, sur Sortie, sur la justice, sa chronique depuis de nombreuses années, sur son fils Félix, son trésor, sur François, son compagnon, son ami et son amour, sur le féminisme, son premier combat, sur le gauchisme, sa passion de jeunesse, sur la mode et la politique, sur la culture dont il avait dirigé le service au journal, sur la Belgique, sa première patrie, sur le Congo de son enfance coupé par l’exil, était drôle, intelligent, intarissable. Ces mots poussés en rangs serrés n’ont jamais été creux ou gratuits. Ils parlaient de la vie, la sienne, qu’elle racontait avec plaisir, et celle des autres, qui lui importait davantage.

sentiment de fraternité

Béatrice avait des convictions fortes mais savait aussi les bafouer, avec une courtoisie de compromis qui a tendance à se perdre. Née au Congo belge, devenue anticolonialiste, elle confessait parfois, avec un brin de provocation, sa nostalgie de la vie coloniale qui fut son enfance, tout en recommandant la lecture du livre fleuve de David Van Reybrouck qui ne cachait rien des horreurs de l’ordre établi par le roi Léopold. Depuis la Belgique, il avait cultivé l’humour et le sens de la fraternité. J’ai toujours cité cette phrase depuis le début de les guerres des gaules de César : “De tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus braves.” Un héritage, après tout.

Comme toute cette génération de 68, elle avait voulu, d’une certaine manière, compenser les défauts de la génération précédente en optant pour le militantisme révolutionnaire, dont elle raillera volontiers plus tard les insuffisances intolérantes. Avec Gilles Millet, Claude Maggiori et quelques autres, il forme la “La bande de Melun”, surnom donné au groupe de Gauche prolétarienne (GP) qui rêvait du grand soir dans cette préfecture tranquille.

--

algarades homériques

En 1973, percevant ce qui était à leurs yeux l’impasse de la révolution violente, les militants du GP s’étaient tournés vers le journalisme, préférant faire, autour de Serge July, un journal bien réel qu’une guérilla chimérique. Grande et blonde, avec un visage angélique et des minijupes diaboliques, elle avait l’air d’être sortie d’un magazine de mode pour aider à faire le journal de la ville.

Dans une société machiste, les révolutionnaires avaient à peine été touchés par la révolution féministe. Les femmes des milieux de gauche devaient se battre comme ailleurs. Béatrice a donc dû se battre pour gagner sa place, révélant un personnage où le courage a souvent dû remplacer la bienveillance. Ainsi, l’abondance de mots lui a servi à dire ses faits aux dirigeants convaincus de la supériorité masculine. Exigeante, dévouée à son journal avant tout, elle ne transmettait rien à ceux qu’elle jugeait en faute d’éthique ou de facilité militante, et les rédactions devaient subir les rixes homériques. Il a d’abord pris la direction de la section Justice, à une époque où les libertés civiles et les droits de la défense étaient sous haute surveillance, se liant d’amitié avec Robert Badinter, Henri Leclerc et Louis Joinet, dont il a soutenu les combats pour une justice plus juste, des prisons plus humaines. et des punitions plus civilisées.

Savoir faire rigoureux et ludique

C’était une femme : elle a donc été mandatée par les mêmes dirigeants pour couvrir le mouvement des prostituées avec qui elle a établi une relation de confiance faite d’humour et d’empathie. Puis, après 1981, année de la refondation de Publié, ensemble, nous avons dirigé le département Société, un groupe turbulent et excentrique, au sein d’un journal déjà assez excentrique, avec son lot d’ex-terroristes, de néo-drogués et de futurs écrivains. Béatrice écrivait bien mais peu : elle avait compris le rôle crucial dans un journal de celui qui ne signe pas les articles mais met en valeur ceux des autres, correcteur méticuleux, organisateur intraitable dans la livraison des exemplaires, chef d’orchestre qui gardait un œil sur le rythme des pages et le tempo des Modèles. Puis il a dirigé les pages de Culture, puis les pages d’Idées, avec le même savoir-faire rigoureux et ludique. Sa principale fierté restait le magazine du week-end qu’il avait enfanté seul et dirigé à sa guise, apportant sa part de rêve, de créativité et d’humour à une histoire trop souvent tournée vers la catastrophe. C’était un pilier gracieux du journal, dont il incarnait le souvenir et l’esprit, fait d’engagement et d’ironie, de sérieux dans le fond et de légèreté dans la forme, de cette volonté obstinée, selon les mots de Sartre, de “pensez contre vous-même”.

Elle était alors partie à la campagne, se consacrant à ses projets personnels, livres et films, qu’elle dirigeait avec la même joyeuse application, tout en luttant dans le rire contre un cancer tout aussi tenace, qui avait finalement reculé devant sa bravoure. Le temps, comme toujours, a vaincu cette volonté de vivre. Mais l’amitié demeure, qu’elle a cultivée comme une plante rare. Ce qui me permet de dire, comme source de fierté et de douleur pour l’imparfait du verbe : j’étais une amie de Béatrice Vallaeys.

Tags : Avec mort Béatrice Vallaeys éteindre une lumière Libération

Avec mort Béatrice Vallaeys une lumière séteint Libération

 
For Latest Updates Follow us on Google News
 

--

PREV Sorties – Loisirs | « Jeune pour toujours », « un combat pour la différence »… Jean-Luc Reichmann, un destin hors du commun – .
NEXT les jardiniers exigent des frais de recherche pour l’image de Klimt – .