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A La Chapelle-Saint-Mesmin, la vie au ralenti à l’usine Duralex – .

A La Chapelle-Saint-Mesmin, la vie au ralenti à l’usine Duralex – .
A La Chapelle-Saint-Mesmin, la vie au ralenti à l’usine Duralex – .
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De notre envoyé spécial à La Chapelle-Saint-Mesmin,

“Si j’étais vous, je n’irais pas là-bas, il n’y aura personne à qui parler et rien à voir”, nous a conseillé Suliman., Salarié Duralex depuis quinze ans et délégué CFDT, lorsque nous avons annoncé notre intention de nous promener près de la Chapelle-Saint-Mesmin, en périphérie d’Orléans (Loiret). Un avertissement symptomatique du contexte difficile que traverse l’entreprise. Il faut dire que depuis le 1er novembre et l’arrêt du four de l’usine Duralex, la commune attire l’attention des médias.

Pour tous les ex-écoliers de France, Duralex fait référence à une madeleine de Proust : qui n’a jamais joué avec ses camarades de classe en regardant le chiffre au fond de son verre pour connaître son âge, entre deux portions de frites et une bataille de purée pommes de terre?

factures insoutenables

A La Chapelle-Saint-Mesmin, Duralex est un établissement. En temps normal, l’usine fonctionne sans interruption, 7 jours sur 7 et 365 jours par an, et ses 250 employés prennent soin de cet infatigable four. Ce dernier ne doit jamais être arrêté, car le redémarrage coûterait trop cher : comptez 12 millions d’euros, sans compter les dégâts éventuels en cas de mauvais refroidissement de la vitre.

Ici, nous avions 70 % de gaz et 30 % d’électricité, deux factures qui ont considérablement augmenté ces derniers mois avec l’inflation et la guerre en Ukraine. Le couperet tombe enfin : travail à temps partiel pour tous et l’usine est « mise en attente » à partir du 1er novembre. En attente, car même avec les prix atteints, « il est plus rentable de garder le four allumé que de l’éteindre. L’arrêter, c’est le voir mourir », image de François, un employé de l’usine venu nous rendre visite. “On n’a pas arrêté depuis 1945”, vante l’un dans les rangs des salariés. Contre toute attente, le feu continue de brûler, mais à une température plus basse, insuffisante pour créer du nouveau verre.

Service minimal et seulement 30% d’employés

Comme une poêle sur une assiette qui se gâterait si on ne mettait rien dessus, le four a aussi besoin de matière pour éviter les caprices. A La Chapelle-Saint-Mesmim, on injecte en permanence du verre broyé qui est fondu par le four, refroidi et réinjecté à nouveau. « À plus haute énergie, nous pouvons créer notre propre verre », explique François. Mais ce serait trop cher. C’est cette activité que nous avons arrêtée. On démarre simplement le four et on l’alimente ce qu’il faut pour qu’il ne se détériore pas. »

De nombreuses machines de l’usine sont éteintes car elles consomment trop d’énergie. – JLD/20 Minutes

Comme votre fournaise, l’usine fonctionne au minimum. En ce matin de novembre, vous pouvez vous promener dans de nombreux couloirs de l’entreprise sans rencontrer personne. Heureusement, le four aime nous le rappeler avec son bourdonnement constant, remplissant le silence des machines qui ne fonctionnent plus et des employés restés à la maison. “On devrait être à 30% de l’effectif, probablement moins”, estime François. Juste assez pour piloter le four, le démarrer et préparer à l’avance les livraisons de stock.

La dépression de dix solitaires

Une fois habitué au vacarme de la cuisine, le silence redevient pesant. Pas vraiment une usine fantôme, nous avons rencontré une dizaine de personnes lors de notre visite d’une heure, mais loin d’être charmante fournisseur de toutes les écoles de France dans le passé. Lorsque les employés se saluent en se croisant, ils semblent parfois surpris de se voir.

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L’usine Duralex sonne un peu vide depuis le 1er novembre. -JLD

Suliman travaille désormais dix jours par mois, paie 95 % du salaire : « C’est certain que nous ne sommes pas les plus apitoyés, relativise-t-il. Ce qui se passe à Duralex affecte d’autres usines du pays et continue. Nous avons la chance d’avoir eu de l’aide et d’être bien protégés. Et en plus, nous sommes une marque iconique, les français ne nous oublieront pas dans quelques mois. “L’Etat est intervenu en annonçant une aide de 15 millions d’euros “pour littéralement leur permettre de passer l’hiver”, selon les mots du ministre de l’Industrie, Roland Lescure. Pour le PDG de la verrerie, José-Luis Llacuna, ce prêt permet “d’envisager l’avenir avec sérénité”, malgré une hausse des coûts “de 7 à 10 millions d’euros” en 2022. “C’est rassurant et c’est un signe positif” , souligne Suliman. Derrière ces arguments, le sourire craque : « Quand je vais travailler et que je vois le parking si vide, j’ai toujours autant mal au cœur… On se promène dans l’usine et il n’y a qu’une dizaine de personnes, c’est déprimant. »

Confiance en un avenir meilleur

La confiance en des lendemains roses résiste : l’usine doit être réinitialisée à 100 % au plus tard le 1er avril, et aucune mauvaise surprise ou poisson d’avril n’est à prévoir. “Les tarifs d’électricité ont déjà été fixés et payés, ce qui devrait éviter une explosion des coûts”, explique François. A partir de janvier, des formations internes et des travaux de rénovation de machines sont organisés, afin d’amener plus de salariés à l’usine. Là aussi, un signe positif pour Suliman. Seul souci, « une éventuelle coupure totale de gaz… dans ce cas, je ne sais pas très bien comment on ferait. »

Il y a plus de baume au cœur et plus de monde au mètre carré au bar du coin. Ici la vie continue, loin des prix qui explosent et des salariés isolés. Le serveur nous assure, “il n’y a pas de différence de fréquentation par rapport au 1er novembre”, et le nombre de salutations et blague privée au comptoir donne l’impression d’un bar ordinaire. Suliman le confirme, ce n’est pas là qu’on trouvera beaucoup d’employés : « On reste principalement à la maison, on s’occupe des sorties des enfants, on les emmène faire du sport, on profite de ce qui est à nous. »

tout le monde a ses problèmes

Si Duralex fait la fierté de la commune, cette dernière compte tout de même 9 750 habitants qui ne sont pas salariés de l’entreprise, de quoi maintenir une existence normale. Toujours au bar, on parle plus des résultats futurs de Quinté ou du toit qui fuit que de l’usine. Tout le monde a ses problèmes après tout, et tout le monde a ses factures à payer.

On retrouve plus d’empathie pour les malheurs de Duralex quand on rencontre Sylvie, 67 ans, nostalgique du ballet des voitures qui vont et viennent vers la verrerie. « Ça donne à penser qu’on ne produit plus de verre ici. Mais l’usine a enduré toutes ces années et continuera d’endurer. « La verrerie a connu des difficultés, notamment une reprise en dernier ressort en janvier 2021, après avoir été placée en redressement judiciaire quelques mois plus tôt. Sylvie nous aurait proposé de finir le petit déjeuner à la maison avec du café et des biscuits, “mais vous comprenez, la hausse des prix et ma petite retraite…”, marmonne-t-elle gênée. A La Chapelle-Saint-Mesmin, ce n’est pas tant qu’on a perdu le sens de l’accueil, mais que les temps sont durs.

Étiquettes : ChapelleSaintMesmin vie ralenti usine Duralex

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NEXT entrepreneur en démarrage à 65 ans – .