A Paris, visitez la plus grande concession Ferrari du monde – .

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Il était vendeur de voitures. Il est devenu un marchand de rêves. Un rêve sur quatre roues qui a pris corps dans le monde réel en mars dernier, après trois ans de travail en plein Covid. Eric Neubauer et sa femme Armelle ont ouvert à Paris, dans un quartier improbable, au pied des bars HLM près du périphérique et à quelques dizaines de mètres seulement de Levallois-Perret, la plus grande concession Ferrari du monde.

Personne, à part peut-être Dubaï ou Abu Dhabi où le mètre carré de sable ne vaut pas grand-chose, n’a jusqu’ici proposé un tel scénario à la marque de Maranello. « Ici, ce n’est pas un garage. C’est un lieu de vie. Un club sélect de 16 000 mètres carrés », se tourne vers le petit-fils de Jacques Neubauer qui, au milieu des années 1930, plonge sa famille dans le monde automobile en devenant le concessionnaire Peugeot le plus prestigieux de la région parisienne.

« Inspiré de la haute couture et des palaces »

Aujourd’hui, à l’heure où les concessionnaires automobiles se déplacent des centres-villes et où, même en banlieue, les vendeurs de marques généralistes sont bien conscients que l’avenir passera de plus en plus par la vente par internet, le descendant de Neubauer s’invente un avenir. pari haut de gamme. Très haut de gamme.

Eric Neubauer et son épouse Armelle, gérante de concession.© Raphaël Dautigny pour « Les Echos Week-End »

« Je me suis inspiré du luxe, de la haute couture et des palaces que fréquentent nos clientes », avoue le gentleman driver qui a conçu ce lieu comme Louis Vuitton ou Hermès pensent de leurs magasins. Mais comme les voitures, même au format coupé et avec seulement deux portes, prennent plus de place que les sacs et les vêtements, il fallait qu’elle soit très grande. Ici devait prendre place dans les années 1960 le siège européen de l’américain Simca-Chrysler. Ce sera à terme un parking puis une concession automobile Peugeot et Nissan. C’est aujourd’hui un véritable coffre-fort réparti sur cinq niveaux, sans compter les demi-étages. Des parkings ultra-sécurisés aux étages inférieurs accueillent des dizaines de Ferrari de toutes les époques, garées les unes contre les autres, abritées sous des bâches rouges siglées du cheval cabré.

Un ou deux ans d’attente pour les acheteurs

Un refuge pour les “ferraristas” qui peuvent y laisser leurs Roma, 288 GTO ou autres F430, devenues des proies trop tentantes dans la rue ou même dans un parking public. Avec la certitude que sa « macchina » y restera. Nous ferons même régulièrement tourner votre moteur avant de le livrer à votre domicile, si nécessaire, par l’intermédiaire d’un service de conciergerie. “ Il y en a plusieurs millions.” s’amuse Eric Neubauer, qui a pensé à tout mais aux besoins : « Ne me dites pas que c’est un garage. » A ses yeux, c’est plutôt un temple, un hommage à Enzo Ferrari et à la marque automobile la plus prestigieuse qui représente la capitale mondiale de la mode et du luxe.

Dans ce caveau de cinq étages, des joyaux automobiles soigneusement protégés.© Raphaël Dautigny pour « Les Echos Week-End »

Au premier étage, entre l’espace showroom où trônent trois voitures d’occasion à plus de 300 000 euros chacune et la partie réparation avec le plus grand atelier Ferrari de la planète équipé de 27 ponts pour soulever les voitures, il a climatisé une immense salle aménagé en double séjour avec ses canapés moelleux et ses fauteuils confortables dont le cuir rappelle les sièges de voiture. Il y a aussi des bibliothèques pleines de livres qui glorifient les belles voitures et les courses automobiles. “ Vous devriez vous sentir chez vous.” dit le propriétaire des lieux. « Une passion, parlons-en. Et une frustration, ça se gère», explique le premier vendeur Ferrari en France. Il s’agit de tout mettre en œuvre pour tempérer l’impatience des acheteurs qui, malgré une bonne maîtrise, doivent patienter entre un et deux ans avant de pouvoir faire rugir leur moteur.

Simulateur de conduite high-tech

“C’est un club exclusif, un lieu de vie”, Eric Neubauer poursuit. Derrière le salon, un bar… et derrière le bar, une cuisine et une salle à manger. Ici vous pourrez vous retrouver entre amis mais aussi privatiser le lieu pour un cocktail ou un dîner. Et quand on vient récupérer sa voiture après son contrôle annuel obligatoire -car ce type de voiture doit avoir un entretien parfait- c’est par une voie des stands recréée de toutes pièces et rappelant les tribunes du circuit du Castellet qu’il roule le dimanche.

Mais comme apprivoiser une Ferrari n’est pas un exercice accessible à tous, ce lieu est aussi une auto-école virtuelle. Derrière une porte discrète se cache un simulateur de conduite quasi unique au monde, une véritable cabine posée sur vérins et entourée d’écrans à presque 360 ​​degrés. Matériel calibré au niveau utilisé par les pilotes de ligne pour apprendre à décoller des Boeing et des Airbus. Plus loin, dans une autre salle, deux postes de conduite avec sièges baquets vous permettront de jouer à Gran Turismo mais aussi de suivre des cours de perfectionnement avec des pilotes professionnels. “ Une Ferrari est un peu un jouet. Mais il faut apprendre à s’amuser avec. explique Eric Neubauer, qui commercialise la marque depuis vingt ans.

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A gauche, le salon. A droite, le simulateur de conduite monté sur vérins.© Raphaël Dautigny pour « Les Echos Week-End »

C’est en 2002 que lui et son frère Hervé, avec qui il dirige le groupe familial depuis 1995, deviennent concessionnaires Ferrari. Mais c’est avec la reprise, en 2010, des concessions de l’ancien pilote automobile Charles Pozzi qu’ils s’affirment comme les plus grands concessionnaires de la Scuderia en France. Sans aucun doute, plus d’un tiers des 10 000 Ferrari qui circulent en France sont passées entre ses mains à un moment donné.

Depuis le lancement de la marque en 1947, Ferrari n’a pas produit plus de 290 000 voitures. C’est ce que Porsche vend chaque année !

La marque italienne contrôlée depuis la fin des années 1960 par la famille Agnelli, les fondateurs de Fiat, produit un peu plus de 10 000 voitures par an, il ne s’agit pas de jouer avec les volumes. Les Neubauer ne vendent que 300 exemplaires chaque année, neufs et d’occasion. “ Dès que vous en voyez un d’occasion, vous l’achetez. met en garde cet amoureux de la marque. “ Ferrari est totalement à part. C’est déjà la seule voiture entièrement fabriquée sur place, à l’usine de Maranello. Les autres se rassemblent. Ferrari le fait. Puis, depuis le lancement de la marque en 1947, ils n’ont pas produit plus de 290 000 voitures. C’est ce que Porsche vend chaque année ! » calcule ce spécialiste du haut de gamme qui a fini par lâcher ses concessions Rolls-Royce, McLaren et Lamborghini pour ne garder que le cheval cabré dans l’ultra-luxe.

Un marché de rareté

Car même si peu de Ferrari sont vendues, le marché est en forte croissance. La raison ? Vous pouvez mettre au rebut une vieille voiture diesel, mais vous ne pouvez jamais jeter une Ferrari. On l’entretient, on le répare, sachant que sur un marché rare, même si toutes ne vaudront pas autant que la 250 GTO vendue près de 50 millions de dollars par Sotheby’s en 2018, une Ferrari d’occasion vaut souvent plus qu’une neuve une. maquette. “ Il est probable que plus de 80% des Ferrari produites à ce jour soient encore en état de marche.” Eric Neubauer y croit.

A gauche, l'atelier équipé de 27 ascenseurs. A droite, un hommage à l'ancien pilote Charles Pozzi.

A gauche, l’atelier équipé de 27 ascenseurs. A droite, un hommage à l’ancien pilote Charles Pozzi.© Raphaël Dautigny pour « Les Echos Week-End »

“Ferrari est une famille. Que l’on conduise un modèle de 60 000 ou 600 000 euros ou plus, on fait partie de la famille », à en croire ce distributeur qui, à 60 ans, garde intacte sa passion pour la marque, comme en témoignent les chaussettes rouges qu’il porte au quotidien. Une passion qui le console de l’évolution de son métier.. « Je ne le regrette pas, mais je suis lucide. Les concessions sont comme les banques. Ils sont moins utiles et c’est pourquoi ils se ferment », regardez ce descendant d’une famille qui, il y a cent cinquante ans, vendait des voitures dans un grand magasin situé porte Maillot, là où se trouve aujourd’hui l’hôtel « Méridien ».

” Les temps changent “

Quelques décennies plus tard, avec une cinquantaine de points de vente de voitures dans la capitale, le groupe va s’imposer. Mais la roue tourne. Neubauer, qui a été l’un des premiers à apposer son nom sur les Peugeot qu’il a vendues, a même rompu les liens avec la marque au lion il y a un an. “ Les temps changent. Il faut s’adapter”, il reconnaît ce père de deux enfants qui ne le remplacera probablement pas, même si son deuxième fils est pilote automobile professionnel et ambassadeur Ferrari.

Dans les années 1990, Eric Neubauer, avec son frère, avait transformé une concession Peugeot en spécialiste multimarque, distribuant à la fois Fiat et Nissan, Volkswagen, Volvo, Jeep, BMW et Land Rover. Mais, à ce jour, c’est Ferrari qui la fait encore vibrer. « Ils me donnent une vraie vision à cinq ans. Il a même réussi à convaincre sa femme, médecin diplômée de l’ESCP, de quitter le monde hospitalier pour diriger ce temple Ferrari si particulier. « Après tout, une concession, c’est un peu comme un hôpital. Nous entrons, faisons un diagnostic et réparons le problème.” Cet amoureux des voitures qui conduit une Smart tous les jours s’amuse. Cela ne l’empêche pas de compter quelques voitures de course allemandes parmi ses voitures anciennes, mais pas de Ferrari (toutes réservées aux clients). Et, dans son cœur, il a gardé sa place dans sa 2CV de 1967.

La Légende de Pozzi

En France, Ferrari rime avec Pozzi. Pilote automobile incontournable de l’après-guerre, Carlo Alberto Pozzi, qui sera connu sous le nom de Charles Pozzi, s’illustre pour la première fois au volant en remportant de nombreuses courses. Mais c’est aussi son sens des affaires qui a contribué à sa légende. Lui, qui avait débuté comme Neubauer distributeur Peugeot dans les années 1930, vend sa première Ferrari en 1953 et devient en 1969 l’importateur exclusif de la marque en France. Les Neubauers ont acheté leurs concessions Levallois et Le Mans en 2010. Toujours sur le circuit des 24 Heures, l’équipe Pozzi, qui pilote des Ferrari depuis les années 1970, a gagné, prouvant que les voitures à cheval cabré qui roulent sur nos routes sont aussi de véritables voitures de sport capables de briller sur les circuits dans des versions légèrement améliorées. .

 
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