les Beaux-Arts de Paris sur les traces de Joyau et Redon à Baalbek – .

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Aux premiers jours de mars 1865, Achille Joyau, bientôt âgé de 34 ans, s’installe à Baalbek, au Liban. Depuis deux ans, l’antique Héliopolis des Romains, aux trois temples monumentaux, le vise. En 1863, il y était déjà passé « en courant » et rêvait depuis d’y entreprendre une « étude sérieuse ». Le jeune Joyau est alors pensionnaire de l’Académie de France à Rome. A ce titre, il est tenu de fournir des « Envois », dans lesquels les lauréats du Prix de Rome proposent la restauration d’un monument antique.

Longtemps confiné à la cité romaine, l’exercice scolaire s’est progressivement étendu aux villages de La Botte puis à d’autres territoires. Puissante source d’inspiration, l’Orient aimait alors les artistes. A deux décennies d’intervalle, Achille Joyau et, plus tard, Gaston Redon (frère cadet d’Odilon) choisissent Baalbek pour produire des témoignages inédits du site archéologique qui ne seront fouillés qu’en 1898. Emmanuelle Brugerolles, conservatrice des Beaux-Arts de Paris, où elle dirige la collection du salon, et Corisande Evesque, sa collaboratrice, a effectué les recherches. A partir des esquisses à l’aquarelle et de la correspondance des deux architectes, ils ont reproduit leurs voyages respectifs au pays des cèdres.

Achille Joyau, “La Qalaa de Baalbek, Long Côté Sud” (détail).

© Beaux-Arts de Paris

Chacun en son temps, ils parcourent en caravane ou à cheval des routes difficiles, s’arrêtant à Alexandrie, au Caire, à Jérusalem ou à Damas, avant d’atteindre Baalbek, où « ils racontent avec une scrupuleuse fidélité la beauté de ces ruines entourées de hautes murailles et la nature aride et l’environnement montagneux qui les entoure », explique le conservateur. Du site admiré par Lamartine, Chateaubriand et Flaubert, les deux jeunes architectes tireront, avec une précision archéologique, des dessins colorés qui sont montrés ici pour la première fois au grand public.

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Gaston Redon, né vingt-deux ans après Joyau, est également stagiaire à l’Académie de France à Rome. Ses premiers « Envois » de Pompéi et de Fano lui valent les éloges de ses professeurs. Pour la validation de sa quatrième année, il cherche une place moins battue. Ce sera Baalbek, où il arrive à l’été 1886, émerveillé par la beauté du lieu : « Colonnes en rondins, chapiteaux ciselés, architraves, volutes, corniches, entablements, piédestaux […]tout cela confus, groupé en morceaux, éparpillé et dégoulinant partout, comme la lave d’un volcan qui vomit les décombres d’un grand empire », écrit-il. Comme pour répondre à son aîné, Achille Joyau, qui salue : vingt ans plus tôt, « l’attrait des ruines merveilleuses, le type même de la ruine païenne, dont un Piranèse aurait pu rêver ».

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Gaston Redon, “Le Grand Sanctuaire Héliopolitain de Baalbek”.

© Beaux-Arts de Paris

Ensemble, ces œuvres réalisées à deux décennies d’intervalle révèlent un site unique mais aux styles très différents. Celui de Joyau, tout en délicatesse, exhale une ligne fine, entourant des arbres flous comme dans un halo et de minuscules silhouettes humaines, qui viennent souligner le gigantisme du lieu. On dirait presque qu’il aurait été un grand peintre s’il n’avait pas été architecte. Plus « carré », Redon rend compte de façon réaliste des lieux, avant d’imaginer la restauration dans une inspiration… très romane.

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Achille Joyau, « La Qalaa de Baalbek, vue du nord ».

© Beaux-Arts de Paris

Par leur dialogue sur les cimaises, ces architectes offrent un témoignage inédit sur ce qu’étaient ces ruines emblématiques avant les premières fouilles au tournant du siècle et la notoriété qui s’ensuivit. Aujourd’hui classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, Baalbek est considérée comme l’un des endroits les plus spectaculaires du Liban.

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